Marie Pavlenko : Traverser les montagnes, et venir mourir ici.

4ème de couverture :
Un roman poignant et lumineux qui raconte le deuil, la solidarité et l’espoir.
Astrid a tout perdu. À quarante ans, plus rien ne la retient, alors elle part. Elle achète sans l’avoir visitée une maison isolée dans la région montagneuse et sauvage du Mercantour. Parmi ses bagages, un carton marqué d’une croix rouge, ce qu’il lui reste de sa vie passée.
Soraya a tout laissé derrière elle. Sa Syrie natale, sa famille, ses amis, son insouciance. Elle traverse la montagne pour rejoindre la frontière française en se cachant de la police. Dans son ventre, une vie qu’elle déteste grandit.
Deux destins de femmes inoubliables. Deux douleurs indicibles qui se rencontrent et s’apprivoisent.

Je découvre avec bonheur cette autrice que je ne connaissais pas ! J’ai savouré ce livre plein de sensibilité et d’humanité. Elle nous raconte deux femmes aux parcours différents, marquées par  des épreuves différentes, deux vies qui entrent en collision et pourtant leur douleur respective se font écho… Toutes deux assaillies par des souvenirs, des temps heureux qui n’en deviennent que plus douloureux lorsqu’il ne reste que la perte, des temps douloureux dont on n’a pas envie de se souvenir mais qui refusent de décamper !
Ce roman n’est pas qu’une histoire de reconstruction… c’est aussi un récit d’engagement, de réflexions autour de sujets difficiles traitées avec sensibilité mais aussi réalisme. C’est un récit plein d’humanité dans ce qu’elle a de meilleur comme de pire.

Quelques beaux extraits :
– “Soraya fait une prière en marchant, elle ne l’a pas fait depuis longtemps. Elle ne sait pas si elle croit encore, comment croire après tout ça. Mais les montagnes bleues répandent une paix qui la traverse comme un rayon de lumière. Elle prie peut-être le ciel, Dieu, ou elles, les montagnes. Fortes, formidables.”
– “
Elle aurait dû y aller. Elle ne serait pas là à emballer ses affaires sans les leurs, elle ne serait pas là tout court. Elle hait le conditionnel, le temps des remords et des regrets, cet ailleurs impossible qui nargue de sa petite voix : et si, et si…”
– “Les mélèzes ne casseront pas cet hiver. Débarrassés de leurs aiguilles, ils ne craindront ni le poids de la neige, ni le froid. Les mélèzes sont les sages des versants rocailleux et des pentes abruptes. Ils se dépouillent du superflu tels des ascètes.”
– ” Pourquoi est la question la plus idiote, la plus cruelle du monde.”
– ” Tout en haut du pré, le toit de la maison d’Astrid crache une fumée bleue. Il fera chaud à l’intérieur. Cette pensée est banale, mais Soraya connaît maintenant sa saveur délicieuse. Elle sera accueillie. Elle aimerait tellement se sentir à nouveau en sécurité, pouvoir se dire “c’est pour toujours”. Comme lorsqu’elle rentrait du lycée, au coin de sa ruelle, son immeuble familier. Elle ne savait pas, alors, que “toujours” est un salaud de menteur.”
– ” Avant (…/…) C’est fou comme ce petit mot de rien suscite un déluge de chagrin quand il surgit dans la tête. (…/…). Avant foisonnait d’avenir, de choix et d’espoirs tenus ou déçus mais d’espoirs quand même.”
– ” Elle observait les immeubles éventrés, les éboulis, les lambeaux de papier peint qui flottent, drapeaux sinistres et dérisoires, les tables en miettes ou à moitié, les buffets qui vomissent leur vaisselle brisée, des morceaux de vie ,de qui ? Comment, où ? La guerre c’est tellement de questions sans réponses.”
– ” Oh, s’il savait ! S’il savait comme entendre sa langue natale est une féerie. Un souffle chaud qui enjambe les montagnes et balaie la neige froide, les nuages lourds, les gouttes d’eau glacées, les mains rougies, les muscles tétanisés. Dans ses mots, Soraya entend le brouhaha des voitures, du souk, les cris des marchands ambulants, les étals hétéroclites et colorés, le marché plein de kakis, ses fruits préférés, l’odeur sèche de son pays mâtinée de senteurs d’épices, du sucre et du miel des pâtisseries, les discussions âpres au coin des échoppes, les stands où l’on se précipite tout à coup en suivant l’agglutinement, la poussière du désert, jamais loin, sa mère, son père.”

 

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